Qui pour remplacer les chefs de la DCRI et de la DGSE?

Les services de renseignements français sont dans l'expectative, attendant les futures décisions de François Hollande sur le remplacement, ou non, des chefs de service. "Patron" de la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur), le préfet et ex-policier Bernard Squarcini ne se fait pas d'illusions sur son sort, et des noms circulent pour lui succéder.

La prudence s'impose, car rien ne peut être confirmé dans l'entourage de François Hollande, mais nous pouvons citer parmi les noms que nous avons entendus ceux de Frédéric Veaux, 55 ans, inspecteur général de la police nationale et actuellement adjoint de Bernard Squarcini. Deuxième nom cité : celui de Pierre Pouëssel, 57 ans, énarque, membre des cabinets de Pierre Joxe à l'Intérieur et à la Défense, membre du corps préfectoral et directeur de l'administration à la DGSE. Troisième nom entendu : Nacer Meddah, 52 ans. Ancien conseiller technique au cabinet de la garde des Sceaux Élisabeth Guigou, conseiller référendaire à la Cour des comptes, préfet de l'Aube de 2006 à 2007, il a ensuite été nommé (un court moment) adjoint au coordonnateur national du renseignement à la présidence de la République (août 2008 à janvier 2009), avant de devenir préfet de la Seine-Saint-Denis et de la région Franche-Comté. En novembre 2011, il devient secrétaire général de la campagne de François Hollande pour l'élection présidentielle. Le dernier nom que nous avons entendu citer pour la DCRI est celui du magistrat Michel Debacq, 53 ans, avocat général près la cour d'appel de Versailles après avoir été conseiller technique au cabinet des gardes des Sceaux Élisabeth Guigou et Marylise Lebranchu et chef de la section du terrorisme et atteintes à la sûreté de l'État (C1) au tribunal de grande instance de Paris.

Réorganisation ?

Concernant la DGSE, le remplacement du préfet Érard Corbin de Mangoux est, lui aussi, programmé. Mais le temps presse peut-être un peu moins, aux yeux de l'entourage de François Hollande, qui a remarqué que le service a traversé sans remous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. La "Centrale" est aujourd'hui très marquée par la détention d'un agent du service action en Somalie. "Denis Allex" est otage des shebabs depuis le 14 juillet 2009, sans qu'une liaison sérieuse ait été établie avec ses ravisseurs. L'actuelle direction du service se bat par ailleurs contre deux idées qui réduiraient l'influence du service : la première consisterait à transférer les capacités d'action clandestine offertes par les 1 600 hommes et femmes du service action, essentiellement militaires, vers le commandement des opérations spéciales. Ce voeu des militaires du COS et de certains cadres de la direction des opérations, qui coiffe le service action, a été transmis à l'entourage de François Hollande et ne devrait pas - selon nos informations - avoir de suite. On imagine effectivement assez mal le nouveau président de la République se priver d'une capacité aussi importante, dont le rôle devra cependant être redéfini.

Autre problème : la volonté prêtée au chef du service technique de la DGSE, Bernard Barbier, de créer un nouveau service de renseignements exclusivement technique, sur le modèle du GCHQ britannique ou de la NSA américaine. Cette structure interministérielle verrait rassembler dans une seule entité toutes les capacités techniques dont disposent la DGSE et la DRM. Priver la DGSE de son service action et de ses capacités techniques reviendrait à réduire le service de renseignements extérieurs de capacités essentielles. Affaire à suivre.

Concernant les personnalités appelées à remplacer Érard Corbin de Mangoux le moment venu, la plus grande prudence s'impose là aussi. Les autoproclamations sont légion dans cet univers et nous n'évoquons les rumeurs que pour mémoire. Premier sur la liste des candidats, Louis Gautier. L'ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon et ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Joxe à la Défense est "candidat à tout", entend-on dans l'entourage de François Hollande, où cet activisme ne fait pas oublier qu'il avait été le conseiller défense de Martine Aubry dans la campagne de la primaire. Cet universitaire, conseiller maître à la Cour des comptes, est par ailleurs trésorier de la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent et président du comité des rémunérations au conseil de surveillance de la Société éditrice du Monde. Il a proposé récemment qu'un poste de secrétaire d'État au renseignement soit créé. Dotée de compétences élargies, d'un corps d'inspection et de la mainmise sur le budget français du renseignement, cette fonction a été détaillée dans un rapport récent rédigé par le même Louis Gautier. On imagine qu'il se verrait bien dans ce poste. À défaut, nous avons entendu son nom parmi ceux des candidats à la DGSE, au SGDNS et au poste de coordonnateur du renseignement. Lionel Jospin le pousserait...

Rumeurs…

Autre nom entendu pour la DGSE : Christian Lechervy, proche de Gautier et adjoint au directeur de la prospective du ministère des Affaires étrangères et européennes. Une mauvaise langue prétend : "Il a dit à la DGSE qu'il est le candidat de Hollande pour ce poste, et à Hollande que la DGSE ne veut que lui !" Ses chances seraient limitées. Néanmoins, un bon connaisseur du système français de renseignements estime : "La gauche a intégré dans son logiciel de conduite que la DGSE doit aller à un préfet ou à un diplomate." Cela tuerait dans l'oeuf l'idée prêtée à certains hiérarques militaires de pousser pour ce poste la candidature "spontanée" du général Bertrand Ract-Madoux, actuel chef d'état-major de l'armée de terre après avoir été directeur de cabinet du directeur général, c'est-à-dire le numéro 2, de la DGSE.

Ajoutons, mais seulement pour mémoire, que nous avons aussi entendu pour la DGSE les noms de Dominique de Combles de Nayves, avocat et ancien directeur de cabinet d'Alaian Richard à la Défense, Cédric Lewandowski (également donné directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian si celui-ci devait prendre la Défense), de l'ancien secrétaire général de la Défense nationale Jean-Claude Mallet et celui de François Heisbourg, ancien du cabinet de Charles Hernu et conseiller spécial du président de la Fondation pour la recherche stratégique. Il vient de publier chez Odile Jacob un ouvrage de réflexion sur cette fonction majeure de l'État, titré Espionnage et renseignement. Ce n'est sans doute pas par hasard...

 Article de Jean Guisnel - Source Le point.fr